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LES
PLANTES TRANSGÉNIQUES
progrès ou menace ?
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Sylvie
Deilhes Diététicienne
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En
décembre 1996, la Commission de Bruxelles a autorisé la production
et la commercialisation à l'échelle européenne, du maïs transgénique.
De
son côté, l'association écologiste Greenpeace affirme que : "
Les aliments issus du génie génétique peuvent être dangereux pour
la santé humaine et animale et pour l'environnement "
Mais que signifie l'expression " plante transgénique " et quels
en sont les avantages et les inconvénients ?
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Plus
transgénique que moi, tumeur |
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Dès 1890,
des pathologistes des végétaux découvrent qu'une gale affectant
la tige et la racine de la pomme de terre ou du tabac est causée
par une bactérie pathogène du sol : Agrobacterium tumefaciens.
Jusque-là rien d'anormal mais, surprise, on remarque que les cellules
saines de la plante deviennent tumorales et que cette tumeur est
due à un étrange mécanisme qui est le transfert d'un gène, encore
appelé transgenèse. Autrement dit la bactérie a réussi à transformer
la nature intime de la plante, c'est-à-dire qu'elle lui a injecté
la partie de son hérédité qui provoque la tumeur. Le tabac grand
responsable du cancer et victime d'une tumeur était en quelque
sorte puni par où il pêchait ! Pour empêcher la plante de tomber
malade il faut donc imiter, à l'envers, la nature.
En 1993, des biologistes réussissent à modifier le génome - c'est-à-dire
l'ensemble des gènes - d'un plant de tabac pour le rendre résistant
à l'Agrobacterium tumefaciens. Pour le protéger on lui administre
un matériel héréditaire modifié, il est devenu un hybride à l'abri
du cancer (du tabac). Comment donc, peut-on, schématiquement,
réaliser le transfert du gène d'une bactérie vers une plante ?
Tout d'abord la bactérie, est débarrassée du gène de virulence,
elle est rendue inoffensive. On introduit alors un nouveau gène
d'intérêt agronomique dans une structure de la bactérie appelée
plasmide. La bactérie porte maintenant un gène qui défendra la
plante. Ainsi, lorsque la bactérie modifiée par l'homme, infecte
la cellule végétale, le nouveau gène s'intègre au chromosome de
la plante et s'exprime dans toutes les cellules de celle-ci. La
plante fait alors de la résistance.
Le maïs transgénique, quant à lui, est aussi un hybride résistant
à la pyrale, papillon dont la chenille détruit la tige
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Des
gènes éthiques |
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La transgénèse
consiste donc à conférer volontairement à une plante un caractère
nouveau, spécifique, grâce à l'introduction d'un gène étranger
unique et parfaitement étudié. Chez l'homme, on connaît certaines
maladies liées au manque de fonctionnement d'un seul gène. Son
remplacement guérirait la maladie, c'est ce qu'on appelle la thérapie
génique. Mais en travaillant sur les plantes est-il possible d'espèrer
l'améliorer ?
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Axel Kahn,
directeur du laboratoire de physiologie et pathologie génétiques
et moléculaires à Paris, est très rassurant et écrit " En
réalité, l'amélioration variétale par transfert de gènes présente
un plus haut niveau de prévisibilité que la tradi-tionnelle hybridation
dans laquelle on mélange à l'aveuglette les milliers de gènes
de deux espèces" . En clair, notre estimable scientifique
veut dire que les plantes transgéniques fabriquées actuellement
sont beaucoup plus dignes de confiance qu'auparavant.
L'application de la transgénèse à la production agricole présente
des avantages et des inconvénients. Le pollen peut, en fécondant
les plantes, diffuser le trans-gène à une plante appartenant à
la même famille. Un colza transgénique, résistant aux herbicides,
a ainsi été mis au point. Le colza peut se croiser avec d'autres
crucifères sauvages. Ces dernières deviendraient alors résistantes
aux herbicides, ce qui nécessiterait l'utilisation d'autres herbicides
plus puissants et donc plus no-cifs.
" Nous
ignorons à quelle fréquence et à quelle vitesse ces croisements
peuvent se réaliser " reconnaît Yves Chupeau, directeur du laboratoire
de biologie cellulaire à l'Institut National de la Recherche Agronomique
de Versailles. Un réseau de biovigilance a été créé en France,
afin de détecter tout transfert génétique inopiné dans la flore.
Certains écologistes purs et durs sont de toute façon " absolument
contre " la transgenèse, leur religion est faite : modifier la
nature est quelque part un sacrilège. L'agriculture doit être
" biologique " et la culture aussi.
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Dis,
j'ai gène dangereux ? |
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Vient
la question de savoir si la présence d'aliments transgéniques
dans notre assiette présente des risques pour notre santé. Quand
nous mangeons, nous ingérons de l'eau, des protides, des lipides,
des glucides, des minéraux et des vitamines mais aussi une très
petite quantité d'ADN c'est-à-dire des gènes. Nous ne sommes pourtant
pas modifiés ! C'est normal, l'ADN étant une protéine est immédiatement
digérée.
Les protéines synthétisées par la plante transgénique peuvent-elles
être toxiques ? Il est indispensable de s'assurer de l'innocuité
de la plante modifiée génétiquement. Un soja transgénique a dû
être retiré du marché américain : on avait introduit dans son
patrimoine génétique, un gène appartenant à une noix du Brésil
et le gène de la dite noix entraînait des allergies chez son consommateur.
En France, le Ministère
de l'Agriculture s'est doté d'une commission du génie biomoléculaire
depuis 1986. Elle a pour mission d'évaluer au cas par cas les
risques potentiels liés à la commercialisation des plantes transgéniques.
On peut craindre que certaines variétés de plantes peu résistantes
soient exclues de l'agriculture du futur, parce qu'elles sont
peu productives ou attaquées par des bactéries ou des virus, .
Peut-on les préserver en modifiant leur patrimoine génétique et
bouleverser sans danger l'équilibre biologique ? Nous n'avons
à présent pas assez de recul pour l'apprécier. C'est pour cette
raison qu'une politique de conservation de la diversité génétique
doit être mise en place.
Mais, comme le rappelle Yves Chupeau : " Il faut cesser d'agiter
l'épouvantail des manipulations génétiques. Les gènes introduits
dans le maïs et le colza sont déjà présents dans les tractus digestifs
de tous les animaux, l'être humain compris ".
Finalement, entre
ceux qui considèrent les partisans des plantes transgèniques comme
de dangereux apprentis sorciers et d'autres qui ne jurent que
par des plantes modifiées pour être plus fortes, plus généreuses
et nourrissantes, il est bien difficile de tirer une conclusion
définitive. La vérité est sans doute médiane : les plantes transgèniques
sont très certainement beaucoup moins menaçantes que le disent
leurs adversaires et un peu moins anodines que l'affirment leurs
partisans.
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Pour
en savoir plus :
- " Les plantes transgéniques en agriculture " sous la direction d'Axel
Kahn, éditions John Libbey. Eurotexte 1996.
- " Eurêka " mars 1997
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