Diabète et complication : l'inégalité génétique
 
Pr Léon Perlemuter
  Tous les diabétiques ne sont pas égaux devant le risque des complications oculaires et rénales. Certains se donnent beaucoup de mal pour bien contrôler leur diabète et débutent malgré cela une rétinopathie. D'autres beaucoup plus relâchés dans leur surveillance restent des années parfaitement indemnes de toute complication. Pourquoi cette inégalité ? Deux études récentes montrent le rôle fondamental de la génétique dans la protection contre les complications ou leur déclenchement.
   


Paraoxonase : les amis de nos ennemis sont nos ennemis

  Une équipe de chercheurs Australiens (1) a étudié une enzyme appelée paraoxonase. Cette substance est liée aux protéines qui déposent le cholestérol sur les artères. Elle existe sous deux formes très peu différentes PON 1 et PON 2 fabriquées par le même gène.
Dans cette étude 372 adolescents diabétiques de type 1 ont été inclus . Ces adolescents étaient atteints de diabète depuis 4 à 7,6 ans. Le groupe sans complication et le groupe qui avait des complications avaient un même équilibre glycémique ( HbA1C de 8,5% ) pas excellent mais pas catastrophique. L'analyse avait pour objectif de savoir si le développement des complications du diabète était en rapport avec la présence des deux variétés de la paraoxonase, PON 1 et PON 2.
Croyez-le ou non, les résultats de la recherche ont été positifs : PON 1 augmente le risque d'avoir une rétinopathie et PON 2 celui d'avoir une néphropathie.
   


e NOS4 : Gloire éternelle à mes beaux yeux !

  Pour continuer dans les gènes, les Français tiennent bien la route. Les chercheurs de l'unité INSERM U341, sise à l'Hôtel-Dieu de Paris, ont fait un remarquable travail pour rechercher quels facteurs étaient associés à la survenue de rétinopathies sévères. Parmi ceux-ci, il en est un, l'oxyde nitrique (appelé NO ), qui est tout à fait nocif car il attaque les petits vaisseaux. C'est ce qu'on appelle en biochimie un " radical libre ". Non, ce n'est pas un animal politique mais une substance qui est un " déchet " des combustions de l'organisme.
Nos chercheurs (2) ont donc étudié 200 diabétiques atteints depuis plusieurs années et ont analysé leurs gènes en comparant les sujets ayant une rétinopathie et ceux qui n'en avaient pas. Ils ont montré que certains gènes eNOS4, impliqués dans la protection contre les radicaux libres, étaient déficients chez les diabétiques avec rétinopathie sévère .
  Et alors, me direz-vous ? Alors, il est toujours bon d'avoir une explication concernant ses propres risques. L'autocontrôle du diabète est une contrainte entraînant parfois un vrai ras-le-bol, alors à quoi bon si on n'est pas récompensé par l'absence de complications ? Rassurez-vous, une bonne hémoglobine glyquée protège déjà très bien. Mais si, de plus, vous avez des paraoxonases basses ou des eNOS4 de bonne qualité, quelle chance ! Evidemment, actuellement nous n'en sommes pas encore à rechercher ces gènes chez tous les diabétiques car il n'y a pas de conséquences pratiques . Mais ne désespérez pas, on trouvera bien un jour le moyen de bloquer les gènes nocifs et de stimuler les gènes protecteurs !
 


(1) - Paraoxonase gene cluster is a genetic marker for early microvascular complications in type 1 diabetes Kao Y, Donaghue K.C., Chan A., Benett B.H., Knight J., Silink M.; 2002 : Diabetic medicine, 19, 212-215 C.Jonquez, B.Hanicotte. Maison du diabète de Marcq-en- Barœul .
(2) eNOS4 polymorphism of the endothelial nitric oxide synthase predict risk for severe dibatic retinopathy.

 
   
 
   
                       
   
                       
                 
         
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