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  Que deviennent les jeunes diabétiques ?  
 
Pr Léon Perlemuter
 
 
 
 

Voilà une question aussi grave que fondamentale dont la prestigieuse revue américaine Diabetes Care se fait l'écho. Une équipe de chercheurs de Grande-Bretagne1, a suivi régulièrement 65 jeunes diabétiques âgé de 11 à 18 ans jusqu'à l'âge de 20 à 28 ans à raison de 3,6 visites par an, en moyenne. Les objectifs étaient de savoir quel était leur devenir diabétologique et psychologique.

 
 

 
 

Manifestement les résultats du traitement du diabète ne sont pas spectaculaires sur l’équilibre glycémique. Ainsi l’hémoglobine glyquée (HbA1c) est à un taux de 9,5 % avec un pic de 11,5 % vers 18 - 19 ans, ce qui signifie des glycémies moyennes largement au-delà de 2.50 g./L. On note que deux hommes et huit femmes ont eu une céto-acidose sévère (1 décès) et une hypoglycémie grave avec séquelles portant sur la mémoire.

Les médecins et les diabétiques s’étaient donnés cependant beaucoup de mal puisque les multi - injections ( au moins trois injections par jour) passent de 47 à 80 % sans différence significative de l'HbA1c. L'autocontrôle s'améliore dans 46 % des cas et se détériore dans 54 % des cas. Le poids augmente au cours du temps. L’ index de masse corporelle ( IMC ou BMI ) , normalement inférieur à 25, s’élève chez les diabétiques, montrant un surpoids chez 21 % des jeunes femmes diabétiques au début de l’étude et 54 % à la fin. Chez les hommes ces chiffres sont de 2 % au début et 28 % au terme de l’étude.

Concernant l’état psychologique qui était la partie la plus originale de cette étude, un certain nombre de faits sont très intéressants et les auteurs soulignent qu’il existait une bonne corrélation entre les réponses des enfants et des parents.

Au début de l'étude les filles avaient plus de réactions émotionnelles et moins d'estime de soi. Un suivi psychiatrique fut nécessaire chez 10 % des garçons et 23 % des filles pour dépression, troubles du comportement alimentaire, tentatives de suicide. Une jeune diabétique évolua vers un état schizophrénique.

L’équilibre du diabète était-il lié à des problèmes de comportement ? Pendant les 8 ans de l’étude les troubles étaient statistiquement plus fréquents en cas de taux élevés d'HbA1c, mais seule la survenue de céto-acidose, c’est-à-dire de déséquilibre grave était prédictive de troubles psychologiques sévères.

Anxiété et dépression étaient plutôt liés à des taux d'HbA1c plus bas.

Les auteurs concluent en insistant sur le fait que la prise en charge psychologique des jeunes diabétiques est probablement insuffisante et doit être accrue lors du passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Pr. Léon Perlemuter

 
 
(1- Katryn S. Bryden, Robert C.Peveller et coll. ; Diabetes Care,2001 ; 24 ; 1536-1540)
 
 


P.S. Il serait intéressant de connaître la situation en France ou les jeunes diabétiques peuvent bénéficier du remarquable travail de AJD (Aide aux Jeunes Diabétiques).
Claude Sokolowsky