À Thouars, l'unité médico-psychologique et l'hôpital de jour pour enfants et adolescents du CH Nord Deux-Sèvres observent depuis plusieurs années une évolution préoccupante des motifs de consultation chez les jeunes patients. L'omniprésence des réseaux sociaux dans le quotidien des adolescents et même des plus jeunes enfants transforme profondément les problématiques rencontrées par les équipes de pédopsychiatrie, qui doivent désormais intégrer cette dimension numérique dans leur approche thérapeutique.
Ce qu'il faut retenir
- L'unité de pédopsychiatrie de Thouars constate une augmentation significative des troubles psychologiques chez les jeunes, directement corrélée à l'usage excessif des réseaux sociaux.
- Des études cliniques montrent que l'usage intensif du numérique chez les mineurs favorise l'anxiété, la dépression, les troubles du sommeil et le cyberharcèlement.
- Dès l'âge de 8 à 10 ans, une large majorité d'enfants est déjà inscrite sur des réseaux sociaux, complexifiant les missions de prévention et de protection de l'enfance.
- L'hôpital de jour de Thouars mise sur un dépistage précoce des signaux d'alerte pour limiter les comportements d'addiction et les troubles de l'image corporelle.
- Les structures de soin des Deux-Sèvres, incluant le CMP et le CATTp, collaborent pour offrir un continuum de soins gradué et adapté aux besoins numériques des patients.
- L'équipe médicale accompagne activement les familles démunies face aux usages numériques de leurs enfants tout en les orientant vers des dispositifs de soutien externes comme le 3018.
Les réseaux sociaux et leurs effets sur la santé mentale des jeunes
Les chiffres parlent d'eux-mêmes et inquiètent les professionnels de santé mentale. Une étude relayée notamment par la Fondation de l'AP-HP, qui soutient la recherche et l'innovation dans 38 hôpitaux accueillant plus de 8 millions de patients chaque année, révèle qu'un usage excessif des réseaux sociaux serait associé à 590 000 cas supplémentaires de dépression chez les adolescents. La prévalence annuelle de cette pathologie a d'ailleurs bondi de 2% en 2014 à 9% en 2021, une progression fulgurante qui coïncide avec l'explosion du temps passé en ligne, estimé en moyenne à 2 heures et 12 minutes par jour. Les simulations menées sur cette population révèlent des conséquences alarmantes, avec 799 décès par suicide supplémentaires, 137 000 années de vie en bonne santé perdues et près de 3,94 milliards d'euros de coûts économiques et sociaux liés à ces troubles.
Identification des troubles psychologiques liés à l'usage numérique
Les équipes de l'hôpital de jour thouarsais ont développé une expertise particulière dans le repérage des signaux d'alerte associés à une utilisation problématique des écrans. L'anxiété, la dévalorisation de soi, les comportements d'addiction, la dégradation du sommeil et les troubles de l'attention constituent autant d'indicateurs qui alertent les cliniciens. Le cyberharcèlement, phénomène désormais massif, peut entraîner des conséquences particulièrement graves allant jusqu'à des idées suicidaires, ce qui nécessite une vigilance accrue de la part des soignants comme des familles. Une récente enquête parlementaire a d'ailleurs mis en lumière les effets psychologiques négatifs de plateformes comme TikTok sur les mineurs, confirmant les observations cliniques faites sur le terrain. Il faut d'ailleurs souligner que 67% des enfants âgés de 8 à 10 ans sont déjà inscrits sur des réseaux sociaux, une réalité qui bouscule les repères traditionnels de la protection de l'enfance.

Le rôle du dépistage précoce à l'hôpital de jour de Thouars
Face à ce constat, l'établissement mise sur une détection la plus précoce possible des difficultés psychologiques. Plus d'un tiers des adolescents âgés de 11 à 15 ans se trouvent en contact permanent avec leurs amis en ligne, une hyperconnexion qui perturbe le sommeil, favorise les troubles de l'image corporelle et alimente une comparaison sociale délétère, parfois jusqu'à l'automutilation. Un rapport de l'Anses publié en décembre 2025 confirme d'ailleurs que l'usage intensif des réseaux sociaux produit des effets négatifs mesurables sur la santé des adolescents, ce qui justifie pleinement les protocoles de dépistage mis en place dans les structures de soins comme celle de Thouars.
La prise en charge pédopsychiatrique face aux défis numériques dans les Deux-Sèvres
L'organisation territoriale des soins en pédopsychiatrie s'appuie sur un maillage cohérent entre les différentes structures du département. Le Centre Médico-Psychologique, communément désigné CMP, travaille en étroite complémentarité avec le Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel, le CATTp, pour offrir un continuum de soins adapté à chaque situation. Cette organisation permet d'accompagner les jeunes patients selon l'intensité de leurs besoins, entre consultations ponctuelles et prise en charge en hôpital de jour.
Organisation des soins entre le CMP et le CATTp
Cette architecture de soins favorise une prise en charge graduée, où le CMP assure le premier niveau d'accueil et d'orientation tandis que le CATTp propose des activités thérapeutiques de groupe particulièrement pertinentes pour travailler sur les problématiques liées à l'usage des écrans et à la sociabilité numérique. Les professionnels y abordent notamment les questions de régulation du temps d'écran, sachant que les recommandations de prévention préconisent de limiter l'usage des réseaux sociaux à une heure par jour pour préserver l'équilibre psychique des jeunes.

Collaboration entre Thouars, Niort, Bressuire et Parthenay
La coordination entre les différents pôles de pédopsychiatrie du département, notamment ceux de Niort, Bressuire et Parthenay, permet de mutualiser les compétences et d'assurer une continuité territoriale des soins. Cette mise en réseau s'avère précieuse pour partager les bonnes pratiques face à des problématiques émergentes comme celles liées aux réseaux sociaux, et pour orienter rapidement les familles vers la structure la plus adaptée selon leur lieu de résidence dans les Deux-Sèvres.
L'accompagnement des familles et la coordination des professionnels
Au-delà du soin direct apporté aux jeunes patients, les équipes de pédopsychiatrie accordent une attention particulière à l'accompagnement des parents, souvent démunis face aux comportements numériques de leurs enfants. Les familles, les établissements scolaires et les pouvoirs publics ont chacun un rôle essentiel à jouer dans l'encadrement de l'usage des réseaux sociaux, une responsabilité partagée que l'équipe médicale s'efforce de rappeler lors des entretiens familiaux.

Le suivi psychologique personnalisé par l'équipe médicale
Chaque situation fait l'objet d'un accompagnement sur mesure, tenant compte du contexte familial, scolaire et social du jeune patient. Les soignants s'appuient également sur des dispositifs externes comme le service d'écoute accessible au 3018, joignable sept jours sur sept de 9 heures à 23 heures, gratuitement et de manière anonyme, pour compléter le suivi hospitalier. Il convient toutefois de rappeler que les réseaux sociaux ne sont pas dénués de vertus lorsqu'ils sont utilisés avec discernement, puisqu'ils peuvent favoriser l'expression personnelle, le soutien mutuel et l'entraide entre pairs, un équilibre que les thérapeutes cherchent justement à restaurer chez leurs jeunes patients.
L'implication des Docteurs Camille Pelletan et André Colas dans la région Nord
Dans ce contexte, l'implication des Docteurs Camille Pelletan et André Colas au sein de la région Nord des Deux-Sèvres illustre l'engagement du corps médical local face à ces enjeux de santé publique. Leur travail quotidien s'inscrit dans une perspective plus large, alors qu'une loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans a été approuvée, sa mise en œuvre étant prévue dès la rentrée 2026. Cette évolution législative devrait modifier sensiblement le paysage de la prévention en pédopsychiatrie, offrant aux équipes de Thouars et de l'ensemble du territoire un cadre réglementaire renforcé pour protéger la santé mentale des plus jeunes face aux dérives du monde numérique.








