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Les hommes ont-ils la mémoire courte ? Faire accepter aujourd'hui
que le traitement par l'insuline est indispensable déclenche une
réaction d'incompréhension et de révolte chez la personne
concernée : " Moi, l'insuline ? Jamais Docteur ! ". C'est oublier que pendant
des siècles le diabète était synonyme de condamnation à
mort et que la découverte de l'insuline signe le retour à la vie.
Frederick Grant Banting l'homme du projet. Quatre noms,
couronnés par le prix Nobel de médecine en 1923, marquent
la découverte de l'insuline : Frederick Grant Banting, Charles
Herbert Best, James Richard Mac Leod et James Bertram Collip.
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Frederick Grant Banting : l'homme du projet |
Né en 1891 dans l'Ontario, fils d'un modeste fermier, Banting abandonne des
études de théologie pour la médecine. En 1915 il s'engage dans
l'armée, désirant être chirurgien. Il poursuit ses études et
est envoyé sur le front français en 1917 comme chirurgien-capitaine.
Il est décoré pour sa bravoure. Pour gagner sa vie, Banting postule
pour un emploi d'assistant en anatomie puis en physiologie, sous la férule du
professeur Miller, à la Western University de London près de Toronto.
C'est là, qu'un soir, il lit dans une revue de chirurgie un article intitulé
" Les relations des îlots de Langerhans au diabète avec
références particulières à des cas de lithiase
pancréatique ". L'idée fulgurante qu'il est possible d'isoler la
sécrétion interne des îlots de Langerhans, l'assaille, en pleine nuit, "
l'Idée ", comme il l'appellera plus tard. Banting aura du mal à persuader
ses supérieurs qu'il n'est ni un doux rêveur ni un mégalomane
lunatique. Son patron direct, le Professeur Miller, présente Banting au
Professeur Macleod, physiologiste célèbre de Toronto, qui dispose de
moyens plus importants pour réaliser la recherche. Mac Leod ne considère
pas Banting comme un chercheur brillant : il ne connaît pas grand-chose aux travaux
déjà faits sur le pancréas ni les recherches sur sa
sécrétion interne, mais le jeune chercheur a " l'idée " etc; son
caractère. De guerre lasse, en 1921, Mac Leod accepte de lui fournir un
laboratoire, un assistant et dix chiens, pensant qu'après tout, même des
résultats négatifs auront de l' importance en physiologie.
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Charles Herbert Best, le physiologiste |
Fils d'un médecin généraliste, Charles Herbert Best est né
en 1899. À la fin de la première guerre mondiale il est étudiant en
quatrième année de physiologie au moment où il est
désigné par Mac Leod pour assister Banting dans ses expériences.
Banting dirige l'étude, se charge de la partie chirurgicale et de la surveillance des
expérimentations et Best de la partie technique et des dosages.
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James John Richard Macleod : un chef chanceux |
Né en 1876 Mac Leod est professeur et chef de laboratoire célèbre
de 45 ans au moment où Banting vient lui proposer son " idée ". J.J.R. Mac
Leod est un homme timide, courtois et excellent orateur. Instruit, plein de bon sens, Il va
s'employer à renseigner, former, guider Banting et Best. Même si pendant la
période la plus productive de leurs recherches Mac Leod est en vacances,
chassant la grouse en Écosse, il n'en est pas moins un des rouages essentiels
sans lequel la découverte de l'insuline n'aurait probablement pas eu lieu. À
plusieurs reprises, il corrigera les errances expérimentales de Banting et Best et
les aidera à passer à l'acte chez l'homme.
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James Bertram Collip : un chimiste de génie |

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Né en 1892, d'un père fleuriste, Collip fait des études brillantes
de physiologie et de biochimie. En 1921, âgé de 29 ans, il est
déjà professeur depuis un an, spécialisé dans la chimie du
sang et intéressé depuis longtemps par les extraits tissulaires.
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Sa grande joie est de veiller tard la nuit à doser, filtrer, isoler, et purifier diverses
substances mystérieuses. Fred Banting insiste auprès de Mac Leod
pour que J.B. Collip fasse partie de l'équipe, car les travaux d'isolement des
extraits pancréatiques avancent et il faudra nécessairement isoler les
produits en quantité suffisante ce que Banting et Best ne sont pas
qualifiés pour faire. Collip comprend le premier que les extraits de
pancréas préparés par Banting et Best abaissaient la
glycémie du lapin normal, et pas seulement celle du chien diabétique. Il
se servira de cette propriété pour tester la puissance de ces
extraits.D'autre part, alors que Banting et Best subissent des déboires
dans l'isolement de la sécrétion pancréatique, Collip fabrique,
par des méthodes personnelles, un extrait puissant, permettant à un
chien diabétique de former du glycogène dans son foie, tout en faisant
baisser considérablement la glycémie. C'est aussi Collip qui le premier
reconnaît, devant des convulsions déclenchées chez le lapin par
des injections d'extraits pancréatiques, qu'il s'agit d'hypoglycémie. Il
prouve son hypothèse en traitant l'animal par administration d'une solution de
glucose. Il est clair que sans les travaux de Collip la purification de l'insuline et sa
fabrication industrielle n'auraient probablement pas réussi .
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Et l'insuline fut ... |
Les travaux de Banting et Best commencent le 16 mai 1921. Les premiers
efforts ne sont pas récompensés parce que les expérimentateurs
sont bien novices. Finalement une chienne collie nommée Marjorie,
rendue diabétique, survit suffisamment longtemps à l'aide d'extraits
pancréatiques pour que Banting et Best soient sûrs d'être sur
la bonne voie. De chien en chien, d'extrait en purification, Banting finit par disposer d'un
produit qui lui paraît actif et digne d'être employé chez un être
humain. Le 2 décembre 1921, un jeune diabétique de 14 ans très
gravement atteint,, Léonard Thomson, reçoit des échantillons
d'extraits pancréatiques avec un succès moyen mais qui lui permet de
survivre. Ce n'est que le 23 janvier que Collip réussit à préparer des
extraits efficaces qui sauveront réellement la vie du jeune homme.
L'article le plus important paraît dans le Journal of Laboratory and Clinical
Medicine du 7 février 1922 et presqu'en même temps l'ensemble de
l'étude est présenté sous le titre : La sécrétion
interne du pancréas à l'Académie de Médecine de
Toronto. L'insuline est décrite et publiée dans le Journal of Laboratory
and clinical Medicine de mai 1922 sous le titre Pancreatic extracts. Il est curieux
de noter qu'on ignore la raison qui fit adopter le mot " insuline " car Banting et Best
avaient proposé le mot identique mais anglais d'" isletin ". Le responsable du choix
historique est probablement Mac Leod. Toutes les péripéties
affrontées par les membres de l'équipe ont été
remarquablement relatées.
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Mort et résurrection |
Il est probable que le choc mondial provoqué par la découverte de
l'insuline ne sera égalé que par la découverte d'un vaccin anti-SIDA
ou d'un traitement médical " du cancer ". Des hommes, des femmes,
des enfants considérés comme condamnés à mort,
déjà émaciés, souvent déjà comateux,
traités par l'insuline, reviennent à la vie. Eliott Joslin, médecin
croyant, habitué à traiter pendant des semaines des personnes qu'il voyait
ensuite mourir sans qu'il puisse rien y faire, considère que la découverte de
l'insuline est un vrai miracle. Il écrira comment cet événement lui fit
attribuer le nom de " chapitre Banting de la bible " à celui qui révèle
la vision du prophète Ezechiel : " IL me dit : " Fils d'homme, ces ossements peuvent-
ils revivre ? " Je dis : " Adonaï Iahvé, c'est toi qui le sais ". Alors il me dit ":...
Voici que moi je vais faire venir en vous un esprit et vous vivrez. Je mettrai sur vous
des nerfs, je ferai croître sur vous de la chair, je vous recouvrirai de peau, je mettrai
en vous un esprit, vous vivrez et vous saurez que je suis Iahvé. "
(Ezechiel - XXXVII, 2-10)Cette résurrection des diabétiques
menacés de mort imminente impressionne tellement le monde de l'époque
qu'il explique l'attribution du prix Nobel de médecine dès 1923 aux
chercheurs de Toronto. Ce prix est d'ailleurs donné à Banting et Mac Leod.
Banting, fidèle à lui-même et à son coéquipier le
partage immédiatement avec Best tandis que son exemple est suivi par Mac Leod
qui partage son prix avec Collip. Pour le cinquantenaire de la découverte de
l'insuline, R. Henderson émet un jugement dans la Gazette du Guy's Hospital
en 1971, concernant les controverses soulevées parmi ceux qui
à un titre ou à un autre prétendaient avoir quelques droits sur
la merveilleuse hormone : " J.S.Mill a dit qu'un homme ayant une conviction vaut douze
hommes avec des idées. Banting était le seul avec une conviction et une
passion alors que tous les autres (excepté peut-être Nicolas Paulesco, un
chercheur Roumain qui avait " presque " découvert l'insuline), étaient des
hommes d'idée ". C'est encore la conviction de se battre pour la liberté
qui cause la mort de Banting, tué dans un accident d'avion à Terre-Neuve
en 1941 alors qu'il organise l'approvisionnement de l'Angleterre en médicaments.
Il faut enfin rendre hommage à Banting, Best et à l'Université
de Toronto qui cèdent tous leurs droits de production aux firmes pharmaceutiques
dont les caractéristiques scientifiques et éthiques sont d'un niveau
suffisamment élevées pour en faire bon usage.
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Des insulines, en veux-tu en voilà ! |
Depuis sa découverte extraordinaire, l'insuline a encore fait parler
d'elle. En premier lieu par la mise au point d'insuline d'action lente, appelée NPH ,
alors que l'insuline de Banting et Best, l'hormone naturelle n'a qu'une action courte de
quelques heures. En second lieu parce que les efforts de purification de l'hormone
ont tout de même pris plus de 50 ans à se réaliser. Ensuite parce
que les travaux des généticiens ont permis de fabriquer de l'insuline,
non plus à partir d'animaux mais de bactéries et de levures. Enfin
et surtout parce que les progrès de la génétique permettent de
fabriquer synthétiquement des insulines dont les caractéristiques
procurent des possibilités supplémentaires de traitement. Mais
l'insuline doit encore être administrée en injections. Jusqu'à
quand ?
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